Bonjour mon cher ami,

Tu m’as énormément manqué… 찐자야[1] !

Je suis assise à une table au café près de mon ancien chez-moi. Des immeubles construits à mi-chemin se dressent devant moi… Des ruines blanches tâchées de gris… Seuls, comme si, par une anomalie astrologique quelconque, ils ont débarqué du passé… un passé très lointain… C’est fou, je le sais, mais j’ai vraiment l’impression que ces fenêtres sans volets, à l’arrière-plan noirâtre, murmurent quelques choses, comme si les esprits qui y ont vécu un jour, continuent d’y vivre, isolés, complètement sourds aux bruits citadins.

Journal, ça me plait, cette sensation.

Tu sais, comme si une neige très épaisse emprisonne les parois de mon cœur… et là… je la sens fondre. Je vois le rouge vif chassant, en ai-je l’impression, chassant le blanc froid de cette neige paralysante.

Non, pardon journal… C’est encore une de ces illusions impertinentes.

Autour de moi, à part une demoiselle là-bas au fond, il y a des hommes partout. L’odeur des cigarettes qui brulent entre une demi-douzaine de doigts comme des cheminées miniatures… Cette odeur me grise.

Tu me trouveras surement bizarre, mais j’ai toujours considéré les cigarettes d’un œil sympathique, malgré tout le mal que l’on puisse en dire… C’est plus fort que moi je t’assure ! Cette odeur est délicieuse. Si jamais Dior, ou Gucci ou que sais-je encore, décide de créer un parfum de cigarettes, je serais probablement sa première acheteuse.

En parlant d’achat, j’ai veillé hier jusqu’à trois heures du matin… Oui, encore un Kdrama. Shopping King Louis. C’est fou, mais d’où est ce que ça leur vient, ces idées ! Débiles, ok. Farfelues, je ne peux te contredire … Mais n’empêche que ce sont des idées…  Sensées, ordonnancée, amusantes… Je veux en avoir aussi ! Bon, sang, je suis trop terre-à-terre ! 0 imagination ! Réalisme fanatique ! Or, je suis désespérée pour un petit grain d’imagination. Je veux commencer mon deuxième roman, donc j’ai vraiment besoin d’idées. J’espère que ça ne tardera pas.

Dehors, le ciel s’est assombri. Le paysage est plus amical qu’il ne l’a été, un instant plus tôt. Même si les vitres m’empêchent de le sentir (physiquement), je sens l’air dehors chargé de compassion au point de croire que le ciel est sur le point de fondre en larmes.

Les cigarettes… ça me rappelle Jane Eyre, lorsqu’elle se tenait sous le feuillage du grand chêne, droite et comme hypnotisée par l’odeur « grisante » selon sa propre expression, du cigare que fumait Mr. Rochester et qui parvenait à elle par la fenêtre de son bureau où il rédigeait une quelconque missive.

Rochester… Le nom seul me rappelle plein de beaux souvenirs.

Il reste encore 45 min à attendre. Ma sœur va sortir à 18h. Elle étudie au lycée voisin. Nous allons  nous tenir mutuellement compagnie.

Zut ! Cette névralgie est de retour… Je t’écris en gouttelettes parce que mon épaule me fait mal et ma main tremble.

Veux-tu parler entre temps ? Tu sais, il m’arrive des fois de souhaiter croire que tu existes vraiment … que je devienne vraiment schizophrène pour une heure et qu’on puisse se parler en face à face…

Mais que faire alors que je sais que tu n’es pas autre que mon Moi, isolé, loin de mon ça et mon surmoi qui ne cessent d’interrompre. Pas de bonnes manières, ces deux-là !

Alors, crache le morceau ! (oui la douleur me rend impatiente)

Tu faisais quoi tout ce temps ?

Moi, je te fuyais… Parce que je ne te trouvais plus, où bien je ne voulais pas te trouver, pour être franche, parce que .. je suis lasse… « 80 ans-ment » lasse !

A vrai dire, je suis sur une toupie, qui tourne à une vitesse éclair… dans sa place, ne bougeant pas. Chaque jour, je meurs et reviens à la vie mille fois. J’en ai tellement le vertige que je ne sais plus si je suis vivante ou morte.

Oui, c’est moche, tu as raison.

정국[2] me dit de ne pas souffrir… 알았어 정국아[3] !

Okay, je pense que je dois arrêter d’écrire si je veux dormir le soir.

A la prochaine…

[1] Je t’assure !

[2] Junguk

 

[3] D’accord.

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