Ce matin, mon amour de réveil  m’a si tendrement  réveillée lorsque l’heure a dépassé la septième d’un bon quart d’heure.  Je me suis trouvée debout, comme rejetée par mon lit. C’est injuste !  Toute la Terre semblait encore dormir et même le soleil venait juste de se lever! Bon, je me consolais en me disant que je devrais être autant indispensable pour le monde que ne l’est le soleil…probablement.

Une demi-heure après, c’était trop tard pour faire le long trajet qui me sépare de la station du Bus, encore plus pour prendre un taxi… ces Taximen Statis si sadiques -à l’exception de certains bien entendu- se refusent catégoriquement au secteur des facultés, surtout lorsqu’on est  le seul malheureux étudiant aux parages…

Bref, j’y songeais pendant que je nouais la ceinture de mon manteau, et là ça m’était venu le désir, un peu fou et naïf  – je ne vous contredirai pas- d’avoir le don de me téléporter ! Oui ! Fermer les yeux sur le rose sucré des murs de ma chambre et les rouvrir une seconde après sur la brume glaciale de la cour de l’école ! Je fermai les yeux dans un « ouf » exaspéré de cette pensée vraiment frustrante… je devais prendre mon sac à main et mon classeur et me lancer dehors illico. Sur ce,  j’ouvris les yeux… J’étais debout au milieu de la buvette de l’école… Bouche bée, incrédule, ahurie… Tout ce que vous voulez.

Mes camarades de classe n’ont pas fait attention à mon apparition « à l’anglaise », vu qu’elle fut camouflée par la foule qui m’écrasait sans merci, et moi, la pauvre, j’y mettais les mains et les pieds pour me libérer de ce pressoir humain. Et là, je réalisai avec angoisse que mes mains étaient étrangement plus libres que d’habitude.

Evidemment ! J’ai oublié mes affaires sur mon bureau tout à l’heure avant de me … téléporter !

Waw ! C’est génial, je suis anormale !… Enfin pas anormale, mais je me téléporte mon Dieu ! C’est un truc de dingue ! Les filles seront drôlement étonnées…

Il fallait que je retourne chez moi afin de reprendre mes affaires. Je refermais les yeux et retenais mon souffle… et hop ! Je suis à nouveau chez moi, dans ma chambre. Le lit défait me faisait des clins d’œil que j’ignorais hautainement… Je fais partie des X-MEN maintenant, le sommeil ne me forcera plus. Je rassemblai mes affaires dans mon sac et m’attardais un peu dans la cuisine. Une bonne tasse de café avant de sortir semblait une excellente idée. Inutile de me  presser, il n’était que huit heures moins dix, et grâce à mon  pouvoir de «Diablo», une seconde me suffirait  largement pour arriver à temps et prendre ma place habituelle au premier rang.

Lorsque j’appuyais sur la poignée de la porte, elle était fermée à clé. Je l’avais fermée hier avant de me mettre au lit. Je cherchais dans mon sac, regardais sur la commode  du vestibule, ou encore sur mon bureau… en vain ! Elle s’est évaporée !  Surement je l’aurais perdue lorsque j’essayais de me dégager de la foule, quelques minutes plus tôt …

Je décidai de partir d’abord puisque le temps pressait … l’affaire de la clé serait réglée plus tard. Et dans un élan de confiance en mon don de mutante je fermai les yeux et les rouvris…

Zut ! J’étais toujours à ma place. Je réessayais. Zut ! Zut ! Zut ! J’allais rater le cours de 8h…. Pire, j’étais prisonnière chez moi, pour une durée non déterminée !!

Je m’adossais à la porte brutalement dans un excès de  désespoir. Pour une demi-seconde, j’ai eu la sensation magique de m’être plongée sur le dos dans un fluide intangible, et ce fut un écrasement des plus inopinés que je n’ai jamais eu de ma vie. Une demi-seconde plus tard, j’étais étalée de tout mon long sur les marches de la cage d’escaliers, de l’autre côté du mur ! Mon dos me faisait trop mal et c’est à peine que je pouvais me mettre debout sur mes deux jambes…

Mince ! Plus d’obstacle ! Et puis, cette clé qu’elle aille au diable ! Je dévalais les marches qui restaient et ouvrai la porte de l’immeuble. C’était moins cinq ! Je me lamentais sur mon sort, inutile d’espérer que j’y arrive à temps, et le professeur surement m’en fera un long discours bien formulé pour l’occasion.

Je me débrouillais tant bien que mal à arriver à l’école … avec une demi-heure de retard, mais je réussis quand même à traverser le mur au fond de la classe, sur mes genoux bien entendu, et me faufilais jusqu’à m’assoir sur une chaise, à un moment de distraction du professeur.

Décidemment, c’était mon jour de chance… ou pas ! Il avait posé une question et il me pointais de son doigt et m’ordonnait de répondre. J’étais prise au piège. Et c’est là que s’écoulaient dans ma tête, à grands flots, une multitude de voix hétérogènes… Ce mec qui me regardait de ses yeux ronds semblait bien l’émetteur de ces idées encourageantes, car le bonhomme se disait que je ferais bien la bête noire du prof pour ce semestre… Ah oui ! Dans tes rêves, gros plein de vide ! Je reconnu aussi la voix de mon amie, qui me regardais d’un air effaré, elle se demandait, en fait, à quel miracle fallait-il croire pour expliquer mon apparition abracadabrante, là sur ma chaise, au sein de la classe, alors que je  n’y étais surement pas au début de la séance. Ah ! ça elle le jurerait sur la tête de son grand père s’il le fallait !… Baisse ta voix, l’amie por favor !… J’ai besoin de cette réponse, donc soit tu l’as soit tu te tais…. c’est bon elle a dû m’entendre elle aussi, car ses yeux se sont agrandis et dans sa tête c’était le bordel…

Heureusement, les pensées du prof étaient plus fermes, elles s’affirmaient et creusaient leur chemin vers ma tête comme sous la force d’un aimant…. Merci, télépathie !

Il se désolait en fait, sur le manque d’intérêt que portent ses étudiants à son cours, ce n’est pourtant pas sorcier ce qu’il disait, car quelle est cette personne qui ignorera l’année de la crise économique de wall street! Quand même ! Il a raison le prof ! Et je n’allais pas le décevoir !

C’était en 1929, monsieur !

Bravo ! Mademoiselle !

Et je l’ai échappé belle. Non seulement il ne s’était pas aperçu de mon retard, mais aussi me gratifiait-il de ses hommages… ridicules, désolée ! Et alors, je ne serais pas sa bête noire… Enfin presque !

Car voilà que mon portable sonnait, son bruit était très profond comme s’il venait du fond d’une caverne … je cherchais nerveusement dans mon sac … je cherchais je cherchais et ma main tâtonnait à l’aveuglette … puis ce fut un choc géant comme si ma chaise fondait au-dessous de moi et je me précipitais dans un abime !

Oui, je me précipitais, en effet, mais pas dans un abime. J’étais au pied de mon lit, les deux bras en croix sur ma poitrine, l’esprit sur la défensive.

Encore alourdis  par le sommeil, j’ouvris mes yeux avec grand peine… Mon portable gisait par terre, à quelques mètres de ma tête. Il était sept heures moins quart…

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