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C’était un cours de recherche opérationnelle. Les mathématiques l’ont toujours fascinée. Les chiffres lui ont toujours prouvé que rien dans la vie n’est fortuit, tout est calculé dans ses détails les plus minuscules, et ses molécules les plus primaires sont là où elles sont, en réponse à une loi quelconque.

La vie admet tous les ensembles de nombres des mathématiques. L’ensemble N, cet enchainement  biologiquement logique  de la vie de l’homme, que tout être humain pourrait vivre dans l’état normal des choses, qu’il soit homme ou femme, noir ou blanc, riche ou pauvre, géni ou de modeste intelligence… Il marchera dans sa deuxième année et  il parlera la langue de son entourage. Lorsqu’il soufflera sa quinzième bougie, le monde prendra une apparence étrange à ses yeux, et il cherchera à déchiffrer ces mystères qui se refusent à toutes inquisitions. Ses vingt ans échoueront sur un rivage inconnu, et il devra se décider à se lancer enfin hors du nid parental.

Mais dans la vie, le prévu n’est guère la norme, ni l’égalité non plus, autrement, la société humaine ne vaudrait pas  mieux qu’une armée de robots modélisée, aux formes et mouvements standards. La vie pratique la discrimination, et la clame tout haut, au-delà de tout pressentiment, tournant le dos aux plus faibles et caressant les fourrures des richards. Elle s’amuse à relativiser ses attitudes, manie capricieuse, soit! Les mathématiques ne le sont pas moins, L’ensemble Z en est le témoin  à charge ….

Les relations interpersonnelles sont l’ensemble D de la vie. Cet ensemble lui a toujours évoqué l’image du puzzle, dont chaque pièce ne vaut rien sans les autres. Un chiffre décimale, et donc non entier de nature, a besoin d’un autre confrère pour devenir entier, ainsi un 9,9 a besoin d’un décimal pour devenir un 10 entier, même si ce décimal n’est qu’un médiocre 0,1. En parallèle, nul n’est parfait  à l’absolu dans la vie. On a tous besoin de ces autres « moi » qui cicatriseront nos fêlures, cette famille au sein de laquelle on devient un être humain au vrai sens du terme, n’a-t-on pas dit que l’Homme est un être social ?

La dernière fois qu’elle a ressenti l’injustice flagrante du vécu, c’était en marchant comme est son habitude, chaque soir vers le foyer. Elle a vu ceux qu’on aligne injustement aux valeurs aberrantes des mathématiques, ces mutations qui selon certains, devront être anéanties. Elle a vu un enfant, marchant pieds nus dans la boue, dans le froid cruel du soir, n’ayant d’habit que ces vilains morceaux de toiles sales, puant la misère et l’injustice… L’injustice, oui ! C’est le mot !

Ou encore ce vieil homme, déraciné et presque piétiné par les passants. Où sont passés ceux qui ont été un jour sa famille ? Sommes-nous, à ce point, égoïstes et effrontés ! L’humanisme n’est donc plus qu’un conte de fées, une légende dans les cœurs des contemporains ? C’est le « i »  vicieux – mais existant pourtant- du fameux ensemble C …. Un chiffre  dont le carré  devrait être positif, mais par « destin », on lui scotche un signe moins pour toute la vie… une mutation flagrante mais qu’on refuse de la reconnaitre pourtant.

Le professeur était en pleine bataille avec une équation qui avait l’air très loin de se rendre, lorsqu’ elle remonta à la surface de ses méditations ….

« Inutile, monsieur ! C’est un piège … Laissez le monde respirer à nouveau l’air vide de ces chiffres toxiques …. »

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